Hafid
Gafaïti is Horn Professor of Romance
Studies and Qualia Professor of French and Francophone Studies at Texas
Tech University, where he teaches French and Francophone Literature and
Civilization, cultural studies and postcolonial theory. He is currently Mellon Visiting
Distinguished Professor at Middlebury College.
Dr. Gafaïti graduated from the University of Oran,
Algeria, and the University of Kent at Canterbury, U.K. He received his Ph.D.
at the University of Paris XIII. For many years he taught English and American
Literature and Civilization at the University of Sidi-Bel-Abbès, and French,
Francophone, and Comparative Literature at the University of Oran, Algeria.
While in Algeria, he held the positions of Head of English Department, Director
of the Institute of Foreign Languages and Vice President of the University of
Sidi-Bel-Abbès, and served on numerous scholarly boards. He was also a
feminist activist and a founding member of the Algerian chapter of Amnesty
International.
Professor Gafaïti came to the United States as a
Fulbright exchange scholar and taught at Penn State University, The University
of California at Berkeley, and The University of Michigan at Ann Arbor. In
1995, he accepted the Jeanne Charnier-Qualia endowed chair of French and
Francophone Studies at Texas Tech University.
He has also been visiting professor at Princeton University, M.I.T.,
Paris IV-Sorbonne, The University of California at Santa Cruz, The University
of California at Davis, and Oberlin College.
Dr. Gafaïti has published and lectured widely on
French and Francophone Literatures, postcolonial and transnational cultural
issues, feminism, and Islam. His books include Kateb Yacine: un
homme, une oeuvre, un pays (1986), Boudjedra
ou la passion de la modernité (Paris: Denoël, 1987), Les femmes dans le roman algérien : Histoire, discours et texte
(1996), with an American edition, French
Feminism Across the Disciplines (1998), a two-volume edited book on Rachid Boudjedra: une poétique de la
subversion (1999, 2000), Cultures
transnationales de France (2001), Recycling
Culture (2003), La Diasporisation de
la littérature postcoloniale (2005), Femmes
et écriture de la transgression (2006, with Armelle
Crouzières-Ingenthron), Migrances,
Diasporas et identités immigrées en France et dans le monde francophone
(2006). He also authored a bilingual collection of
poetry, La Gorge tranchée du soleil / The
Slit Throat of the Sun (2006), of which a selection has been published in
an Italian edition, la gola tagliata del
sole (tr. and ed. by V. Surliuga, Como: LietoCollelibri, 2007).
Professor
Gafaïti is also known as editor of
journals and contributor to numerous conferences in Africa, Europe, and North
America. He is on the review board of several international journals and Director
of the book series Etudes
Transnationales, Francophones et Comparées / Transnational, Francophone and
Comparative Studies, the first bilingual publication of L'Harmattan Press
published simultaneously in Paris, Montreal, Budapest, and Turin.
Victoria Surliuga grew up in Turin, Italy. She is Assistant Professor of Italian at Texas Tech University in Lubbock, Texas. She is a scholar of contemporary Italian poetry and Italian cinema. She has written on the poetry of Milo De Angelis, Hafid Gafaïti, Franco Loi, Valerio Magrelli, Giancarlo Majorino, Giampiero Neri and Paolo Valesio. Her recent publications include the edition of La serie dei fatti. Quindici prose di Giampiero Neri (2004) and the monograph Uno sguardo sulla realtà. L’opera poetica di Giampiero Neri (2005). She has also edited la gola tagliata del sole by Hafid Gafaïti (2007). She has written three volumes of poetry, of which the most recent is Forbici / Scissors (2007). Her website is <http://www.victoria.surliuga.com>.
from la gola tagliata del sole
(edited by V. Surliuga)
partir
habiter
habiter encore
habiter l’eau
ou la pierre
les saisons
ou leur fil
le trop plein
ou ce vide auquel
tout le monde finit par se
confier
en octobre
novembre se fissure
ses vestiges contemplent
le désastre d’un pays
jamais construit
un goût de cendre
dans la solitude des marais
à ceux qui rêvent
d’exils
la réalité des visas
ne connaît pas la métaphore
elle se rit de l’image
ignore l’ellipse
ne tolère pas le paradoxe
la raison d’état
se fout de l’allégorie
des poètes et de leurs restes
à ceux qui crèvent
d’envie de se tenir droit
face à l’intransigeance des
palais
il convient de rappeler
qu’il ne s’agit pas de fleurs et
de mots
mais de vomissures et d’épines
à ceux qui se pâment
d’errance
du haut de leur pavé
maquillée ou nue
forcée
la marche
vers le nord
glaciale
la course
vers l’été
la mémoire de l’eau
à la mémoire de Rachid Mimouni
ils sont entrés
après les portes
leurs haches ont brisé le miroir
mais ne m’ayant pas trouvé
ils se sont acharnés sur mes restes
pendant des jours
ils ont coupé ma chair
violé mon passé
lacéré mon corps
avalé mes traces
une nuit
ils ont broyé mes narines
effacé mes mots
et puis ils ont tout jeté
la maison brûlée
le fleuve détourné
j’ai erré sept ans
au-dessus de la terre
hanté par la mémoire de l’eau
oiseaux
migrateurs
à la
mémoire de Tahar Djaout
les ancêtres sont bien morts et enterrés
les migrations d’oiseaux
suivent
à peine
celles
des hommes
des
femmes
ici
quand l’eau se fait rare
le peuple et ses maîtres cachent leur or
la terre stérile avale ses grains
aux enfants
à ceux qui errent
ils ne laissent rien
lumière d’Afrique
ô lumière d’Afrique
je ne te retrouve plus
que dans les quartiers de Paris
les rues de Montréal
les métros de New York
la misère des îles:
visages frères
musiques sœurs
danse dans le brun du rire
le noir du bonheur
et le mélange
de tout ce que j’aime
nostalgie des fleuves
qui nous ont vomis de neige
chacun chargé de contes et d’histoire
partageant avant tout la faim
le goût amer de la trahison
déplacés chaque jour
SDF le ventre vide
ou logés nourris
le cœur toujours plein
malgré nos mots et nos manières
nos vêtements ou nos salaires
nous ne sommes que des fantômes
des errants sur les sentiers battus du Nord
quels rêves
à marcher sur le fil du rasoir
d’une chambre à l’autre
une ville à l’autre
une prison à l’autre
une expulsion
un train
un aéroport
un papier
un visa à l’autre
traînant nos savates
paysage du père
dans nos folies incertaines
jeux des frères-sœurs
dans nos rires vrais ou convenus
en nos cheveux
la caresse de la mère
sa chaleur dans nos corps
sa lumière dans nos yeux
l’attente
qui est vivant
qui est mort
avec qui partager
les jeux sur la plage
avec qui pleurer
sur la tombe
pas qui dansent
pieds qui s’enfoncent
mains tenues
dans les retrouvailles d’allégresse
doigts tendus
aux larmes mêlés
allumer un feu la nuit
que l’éternité recouvre
ceux qui sont partis
fleurs évanouies
vies en plein vol arrêtées
l’incendie
je m’en vais allure
sceptre au front
sur les champs secs
la tyrannie du soleil
les sanglots de l’harmattan
loin des tueurs en folie
de sa femme cloîtrée
le berger édenté rigole
au bruit de sa chaumière qui s’écroule
il se rappelle quand
je l’ai sauvé des vipères
de la colline s’affaisse la ville
montagne sainte feu de sang
et au-delà du port en détresse
la mer immuable
quel sommeil sous les arbres
même si je n’ai plus à épouser la guerre?
post-scriptum: Alger, juin 2001
nous voilà
à nouveau vieux
non pas riches
paisibles
édentés et heureux
non pas dans une forêt
verte
au bord de vagues bleues
non point sur une île
déserte
mais dans la rue
où la foule
manifeste et pille
les bras se lèvent
les flics tirent
la mer étale
le soleil obscène
comme dans les temps
anciens
les généraux se cachent
les balles sifflent
les pierres ramassent
les corps
que même les mères ne
reconnaîtront pas
comme toujours les
politichiens mentent
ne croient que les
vivants
ne reste dans la fumée
que le bris de notre
destin
et cette ombre diaphane
qui tue la poésie
Oran sept
ans après
mythologie chauvine
corps barbelés
entre orgueil et misère
à la mort
s’allient les restes
les cris et la fumée
par-delà l’eau
le regard vers l’Espagne
le mensonge de l’été
nous ne sommes revenus
que pour errer à nouveau
ravages
le feu toujours
sang et poèmes
cheval au galop
à travers villes et forêts
le sable éclatant le quartz
la rivière débordant ses rives
et au cœur de l’œuf
entouré de serpents
la perle crasse
de l’avenir